Les pays africains sont à la traîne du développement


ARTICLE ECONOMIES AFRICAINES (Microsoft Word)

 

Le baromètre du climat des affaires dans le monde, Doing Business, a publié le 23 Octobre dernier son rapport de l’année 2013. Il ressort dudit rapport que les économies africaines continuent d’améliorer leurs réglementations des affaires. C’est ainsi que le Togo a amélioré son classement. Il occupe le 156e rang sur 185 pays selon ce rapport de 2013 et  fait un bond au plan sous régional: 3e rang sur les 8 pays de l’UEMOA. Placé sous le thème,”Des réglementations intelligentes pour les petites et moyennes entreprises”, «Doing Business » a étudié la réglementation des affaires et son application effective dans 185 pays, à travers 10 principaux indicateurs. Certains  pays africains à l’instar du Togo ont fait des avancées dans le domaine de la création d’entreprises en allégeant les conditions. Mais les barrières transfrontalières constituent le nœud gordien  qui freine l’élan des économies africaines tributaires de l’agriculture.

Comparant 185 économies à travers le monde au moyen d’indicateurs de référence, Doing Business a mesuré et suivi l’évolution des réglementations applicables aux entreprises locales. Ces indicateurs concernent la création d’entreprise,  l’octroi des permis de construire,  l’accès à l’électricité, l’enregistrement des propriétés, l’accès au crédit,  la protection des investisseurs, le paiement des taxes, le commerce transfrontalier, l’exécution des contrats et le règlement de l’insolvabilité. Ce rapport qui part du principe fondamental que l’activité économique de tout pays repose sur des règles solides qui doivent être transparentes et accessibles à tous. Selon Doing Business, ces réglementations doivent établir un équilibre entre la préservation de certains aspects importants du cadre des affaires et la nécessité d’éviter des distorsions qui imposent des coûts déraisonnables aux entreprises. Ainsi, lorsque la réglementation est lourde et la concurrence limitée, la réussite d’un entrepreneur dépend davantage de ses relations que de ses aptitudes. Mais lorsqu’elle est relativement simple à appliquer et accessible à tous ceux qui en ont besoin, toute personne armée d’un certain talent et d’une bonne idée devrait pouvoir créer et faire prospérer une entreprise dans un cadre formel. D’une région à l’autre, les entrepreneurs de pays en développement opèrent dans des cadres réglementaires en moyenne moins propices aux affaires que ceux des économies à revenu élevé. Cela signifie l’existence des procédures plus bureaucratiques et plus coûteuses pour la création d’entreprises, l’obtention de permis de construire, le transfert de propriété, le commerce transfrontalier et le paiement des taxes et impôts. Le raccordement à l’électricité, qui est un indicateur nouvellement pris en compte cette année dans le classement au titre de la facilité de faire des affaires, coûte en moyenne plus cher en Afrique subsaharienne que dans le reste du monde : plus de 5 400 % du revenu par habitant (la moyenne dans les économies à revenu élevé membres de l’OCDE est de 93 %). Les entreprises locales de nombreux pays d’Europe de l’Est et d’Asie centrale remplissent des formalités plus complexes qu’ailleurs dans le monde pour être raccordées au réseau électrique. Mais la question ne se limite pas aux formalités complexes et aux lourdeurs administratives. Un cadre réglementaire moins propice aux affaires est aussi synonyme de mesures de protection juridique plus faibles  pour les actionnaires minoritaires, et de plus grande faiblesse également des législations relatives aux garanties et des institutions telles que les tribunaux, les centrales de risques et les registres des  garanties. D’une manière générale, des procédures réglementaires plus efficaces s’accompagnent souvent d’institutions juridiques et de mesures de protection des droits de propriété plus solides. Dans une économie, il existe une corrélation, d’une part, entre la solidité des institutions juridiques et les mesures de protection des droits de propriété comme le montrent certains indicateurs Doing Business (obtention de prêts, protection des investisseurs, exécution des contrats…) et, d’autre part, entre la complexité et le coût des procédures réglementaires qui sont illustrés par d’autres indicateurs (création d’entreprises, obtention des permis de construire, raccordement à l’électricité, transfert de propriété,  paiement des taxes et impôts et commerce transfrontalier). Les économies à revenu élevé  membres de l’OCDE ont, de loin et sur les  deux plans, le cadre le plus propice aux affaires  par rapport au reste du monde. En revanche, les économies d’Afrique subsaharienne  et d’Asie du Sud sont les plus susceptibles d’avoir à la fois des institutions juridiques plus faibles et des procédures réglementaires plus complexes, selon Doing Business. Certaines régions échappent néanmoins à la tendance générale. C’est le cas du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, une région où les réformes engagées ces six dernières années visaient surtout à simplifier la réglementation. De nos jours, les économies de cette région associent souvent des institutions juridiques relativement faibles à des procédures réglementaires plus efficaces. Se basant sur les règles de transparence et des indicateurs sus cités, Doing Business a produit un rapport dans lequel figurent  bon nombre de pays africains.

 

Doing Business et l’Afrique sub-saharienne

 

Le nouveau rapport de la Société financière internationale (SFI) et de la Banque mondiale montre que 17 des 50 économies qui ont le plus amélioré leurs réglementations des affaires applicables aux entreprises locales depuis 2005 se trouvent en Afrique sub-saharienne. Cette année marque la 10eme édition de la série Doing Business. Depuis sa première parution, un grand nombre de réformes ont été enregistrées en Afrique. Le Rwanda s’est distingué tout particulièrement pour s’être constamment amélioré depuis 2005. Une étude de cas dans le rapport cette année est consacrée à ce pays où 26 réformes réglementaires ont été enregistrées par Doing Business depuis 2005.

 

Le rapport Doing Business 2013 basé sur  «des réglementations intelligentes pour les petites et moyennes entreprises » relève qu’entre juin 2011 et juin 2012, 28 des 46 gouvernements d’Afrique sub-saharienne ont entrepris au moins une réforme pour améliorer l’environnement des affaires, ce qui représente un total de 44 réformes. Avec 4 réformes l’année dernière, le Burundi se trouve dans le top 10 des économies ayant amélioré au moins trois des domaines mesurés par Doing Business et s’avère être la seule économie à faibles revenus de la liste.

 

En fin d’année dernière, le Togo a adopté la charte des MPI/PME (petites et moyennes industries et entreprises). De même, un nouveau code des investissements a été adopté. Le pays a facilité la création d’entreprises, en réduisant les frais d’enregistrement, en améliorant les processus de traitement au guichet unique pour l’enregistrement des entreprises et en replaçant l’exigence d’une copie du casier judicaire des fondateurs par une déclaration sur l’honneur au moment de l’enregistrement de l’entreprise. Ces réformes lui ont permis d’améliorer son classement mondial, passant ainsi de la 162 e place sur 183 pays (Doing Business 2012) au 156e rang sur 185 pays (Doing Business 2013). Il a au même moment redoré son blason dans l’espace sous régionale : il  occupe désormais le 3e rang sur les 8 pays de l’UEMOA.

 

Pourtant, malgré ces avancées, beaucoup reste à faire pour permettre aux économies africaines de bâtir un secteur privé robuste et compétitif. Le classement moyen dans la région en matière de facilité de faire des affaires est de 140 sur 185. L’Ile Maurice et l’Afrique du Sud sont les seules économies africaines figurant parmi les 40 premières à l’échelle mondiale.

Parmi les économies africaines qui se sont le plus améliorées depuis 2005 se trouvent le Rwanda, le Burkina Faso, le Mali, la Sierra Leone, le Ghana, le Burundi, la Guinée-Bissau, le Sénégal, l’Angola, Maurice, Madagascar, le Mozambique, la Côte d’Ivoire, le Togo, le Niger, le Nigeria, Sao Tomé-et-Principe.

Singapour arrive en tête du classement mondial sur la facilité de faire des affaires pour la septième année consécutive. La liste du top 10 comprend aussi le Hong Kong, la Chine, la Nouvelle-Zélande,  les États-Unis, le Danemark, la Norvège, la Grande Bretagne,  la République de Corée,  la Géorgie et l’Australie.

 

La suppression des obstacles au commerce régional des produits alimentaires peut booster les économies

Le rapport de Doing Business  révèle des avancées dans certains pays  du continent  mais il sied de souligner que l’Afrique peut contribuer davantage à booster son économie par le développement de son agriculture.  Ce serait aberrant de voir des pays africains importer des denrées alimentaires de base alors que le continent pouvait s’auto-suffire en ces denrées. Les pays africains retardent leur développement par les nombreuses barrières douanières d’un  Etat à un autre. La suppression des obstacles au commerce régional des produits alimentaires de base serait une mesure efficace pour pallier à ce retard. Rien qu’à se référer aux pays de l’espace Schengen où les produits circulent sans protocole.  Combien de fois n’est-il pas difficile pour les personnes et les biens de transiter d’un pays africain à un autre ? Les tracasseries routières avec leur cortège de pratiques anormales qui font perdre du temps et de l’argent pour des pays d’une même sous région.  Et pourtant, des rencontres  de haut niveau sont organisées çà et là  sur la question de la libre circulation des biens et des personnes. Le problème  se pose aujourd’hui avec acuité à telle enseigne que certains pays recourent aux  marchés d’autres continents en denrées qu’ils pouvaient se procurer dans leur sous région. Mais dans le contexte actuel d’inflation généralisée, cette situation ne cesse d’alourdir la facture des importations alimentaires de ces pays. En outre, la croissance démographique et l’évolution des caractéristiques de la demande devraient se traduire par un doublement de cette dernière sur les dix prochaines années. La réduction des barrières serait la solution originale pour les pays africains. Grâce au commerce régional, les agriculteurs d’Afrique pourraient répondre à une bonne partie de cette demande croissante et fournir des produits capables de se substituer aux produits importés des marchés mondiaux à des prix plus élevés. Le présent rapport propose donc aux pays africains la promotion du  commerce régional des produits de base qui permettrait d’améliorer la sécurité alimentaire et de promouvoir la croissance. Toute chose égale par ailleurs, la suppression des obstacles au commerce régional présente des avantages pour les exploitants agricoles, les consommateurs et les États. Les agriculteurs ont intérêt à répondre à l’augmentation de la demande régionale de produits alimentaires; en outre, de nouveaux emplois pourraient être créés dans les différentes activités de la chaîne de valeur des produits de base, à titre d’exemple, dans la production et la distribution de semences et d’engrais, dans les services de conseil, dans la collecte et le stockage des céréales, dans le transport et la logistique, dans la distribution et le commerce de détail, et dans les activités de transformation. Parallèlement, une approche régionale de la sécurité alimentaire offrirait aux États africains la possibilité de mieux garantir à leurs  populations  un accès aux denrées alimentaires.

Le rapport s’intéresse aux obstacles au commerce et à la concurrence qui affectent les éléments de la chaîne de valeur régionale à savoir les difficultés d’approvisionnements en semences et engrais, et services de vulgarisation ; les coûts de transport élevés en Afrique, en particulier pour les petits exploitants agricoles. Selon certaines estimations, une réforme qui générerait plus de concurrence pourrait entraîner une réduction des coûts de transport des produits de base de 50 % en Afrique occidentale en l’espace de dix ans. Une autre étude révèle qu’une division par deux des coûts de transport accroîtrait le PIB agricole du Mozambique de 7 % et le PIB agricole du Malawi de 3 %.

Les politiques commerciales opaques et imprévisibles constituent un autre obstacle qui augmente les coûts des échanges et n’incite pas le secteur privé à investir pour améliorer la productivité.  En plus  des coûts élevés s’ajoute la dangerosité du franchissement de certaines frontières. En effet, des centaines de milliers d’Africains traversent les frontières chaque jour pour livrer des produits alimentaires de base de zones où ils sont excédentaires sur des marchés où leurs prix sont plus élevés. La plupart de ces commerçants sont des femmes et leur activité constitue une source essentielle de revenus pour de nombreux ménages. Mais la plupart des douaniers sont des hommes, et des études révèlent que les commerçants transfrontaliers sont régulièrement victimes de différentes formes de harcèlement. L’exemple de la région des Grands Lacs où  les femmes pauvres qui font du commerce transfrontalier doivent habituellement verser des pots-de-vin et un grand nombre d’entre elles font état d’actes de violence, de menaces et de harcèlement.

 

Il est essentiel d’ouvrir le commerce régional, notamment parce que la demande de produits alimentaires de base se concentre de plus en plus dans les villes, lesquelles doivent compter sur la production alimentaire de l’ensemble du continent. Les conditions favorables  pour un commerce régional pourraient favoriser l’éclosion des entreprises agricoles et par voie de conséquence booster les économies africaines qui, à bien d’égards demeurent tributaires de l’agriculture. Les décideurs politiques africains ont l’obligation de faire sauter les verrous qui empêchent le décollage du continent et  rendre les marchés de produits de base efficaces et stables. Les pouvoirs publics doivent expliquer la nécessité de changer les politiques économiques et les impacts de ces changements, et parvenir à établir un consensus politique en faveur de marchés agricoles régionaux intégrés. La plupart des pays d’Afrique ont échoué dans ce domaine et peu de discussions ont été engagées sur l’impact des positions politiques actuelles et des avantages d’une approche régionale de la sécurité alimentaire. Le climat des affaires ne peut qu’en profiter. Une prise de conscience est nécessaire au niveau des décideurs politiques africains.

Jean-Baptiste ATTISSO


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