Ismaël M-TANKO : « Pour moi l’avenir de la jeunesse c’est l’entreprenariat »


Ismaël M-TANKO, 29 ans, ambitionne de monter d’ici premier trimestre 2014, la première unité de transformation de tomates à Dapaong (nord Togo). Jeune dynamique, Ismaël a déjà à son actif, deux entreprises dans le domaine des biens et services et pense aujourd’hui, que la solution aux chômages des jeunes, passe par l’entrepreneuriat, leur capacité à monter leurs propres affaires.

Dans l’entretien qui suit, M. M-TANKOH affirme que l’Etat-providence est révolu et que la jeunesse doit savoir se prendre en charge en mettant en œuvre ses projets d’entreprise.

« On peut commencer à partir de zéro franc, et devenir patron d’entreprises qui marchent. J’ai découvert que l’entrepreneuriat est le moyen par lequel le Togo peut aider sa jeunesse à sortir du chômage », a-t-il martelé avant de se dire convaincu qu’il est possible pour les jeunes aujourd’hui de créer une entreprise « à partir de zéro franc ».

Ce n’est pas les mécanismes qui manquent soutient-il avant de conseiller aux jeunes diplômés, demandeurs d’emploi de s’intéresser aux mécanismes mis en place par le gouvernement pour appuyer les initiatives entrepreneuriales des jeunes, notamment le Fonds d’Appui aux Initiatives Economiques des Jeunes (FAIEJ), l’Agence Nationale Pour la Garantie et le Financement des PME/PMI (ANPGF) et le Programme d’Appui au Développement à la Base (PRADEB).

Pour réussir, il faut un parcours scolaire exemplaire, n’est-ce-pas ?

Ismaël M-TANKO : Pas nécessairement ; un jeune qui n’a pas fait des études brillantes peux parfois mieux réussir que le major de la promotion en FASEG à l’Université de Lomé ! Pour mon cas, j’ai fait une partie de mes études primaires à Abidjan (Côte d’Ivoire) et une partie à Lomé.

J’ai fait un bac G2 et ensuite une maîtrise en Gestion à l’Université de Lomé en 2002.

J’ai récemment entamé un Master en entreprenariat afin de devenir expert en entrepreneuriat, accompagnateur des jeunes entrepreneurs.

Justement, comment êtes-vous parvenu à l’entrepreneuriat ?

Ismaël M-TANKO : Très jeune, ma mère m’a toujours dit « il faut que tu apprennes à te débrouiller seul et à ne pas seulement compter sur tes parents ». En plus, elle m’impliquait vraiment dans ses activités commerciales. Progressivement elle m’a poussé vers des activités commerciales et à 14 ans (en classe de seconde G2), j’ai initié ma première activité entrepreneuriale avec un capital de 1000 FCFA.

Tout est parti du constat que mes camarades de classe m’envoyaient souvent en récréation leur acheter des papiers mouchoirs dans la cours du lycée. Racontant presque tous les jours mes journées à ma mère, et l’achat des papiers mouchoirs pour mes camarades se retrouvant souvent dans mes « activités de la journée », elle me conseilla d’en acheter pour les revendre en classe. Tout est parti de là. J’ai donc économisé 1000 FCFA pour acheter un paquet de papiers mouchoir leader price que j’ai revendu à 1500 FCFA. 500 FCFA de bénéfice équivalent à 50% de ma mise de départ !! Pour un « enfant » de 14 ans, c’était très intéressant et j’arrivais à écouler 2 paquets par mois. Le bénéfice correspondait approximativement à l’argent de poche que je recevais de manière hebdomadaire.

En décembre, arriva le moment des excursions scolaires. J’y suis allé avec un appareil photo que mon père m’avait offert. Après avoir pris les photos pour garnir mon album, ma mère encore une fois me conseilla de les vendre. J’ai tenté le coup et je me suis rendu compte que ça rapportait gros ! Plus de 100% de la mise ! Et c’est ainsi qu’en plus de la vente des papiers mouchoirs, je suis devenu photographe au Lycée toujours en classe de seconde. J’ai passé l’année de seconde à économiser pour m’acheter un autre appareil plus performant. Ce qui fut fait au bout d’environ 11 mois d’activités. J’ai réussi à m’acheter l’appareil communément appelé YASCHICA qui m’a couté 45.000 FCFA. Pour moi à ce moment, c’était une prouesse. J’ai réussi par là à augmenter mon chiffre d’affaires car mes photos étaient de meilleure qualité avec ce nouvel appareil. A ce moment, j’avais déjà l’ambition de devenir patron de plusieurs entreprises et c’est ce qui me motive jusqu’à aujourd’hui.

J’ai continué ce travail (de photographe) jusqu’à ma 3ème année d’Université. Avec les économies que j’ai pu réaliser à partir de la photographie, j’ai réussi à lancer en 2008 ma première entreprise formelle qui jusqu’à ce jour existe et fait des prestations de services informatiques à la population de Lomé. Entre 2008 et 2010, mon entreprise de services informatiques faisait un chiffre d’affaire considérable qui me permettait de subvenir à la plus part de mes besoins et même de payer certaines charges de la maison (électricité …).

En 2009, suite à un rendez-vous avec le Directeur Général de la Brasserie BB LOME (Mr Emmanuel de TAILLY) dans le cadre de la négociation d’un dossier de sponsoring de AIESEC TOGO, je me suis vu proposer un poste à l’Association des Grandes Entreprises du Togo (AGET TOGO) qui est un syndicat patronal composé des plus grandes entreprises du Togo (500 millions de chiffres d’affaires pour les entreprises de services et 2 milliards de chiffres d’affaires pour les entreprises industrielles pour être membre).

J’ai été l’adjoint au Directeur Exécutif de cette organisation patronale de 2009 à 2012 et à ce titre, j’étais chargé de l’étude de différents dossiers intéressant la vie des grandes entreprises Togolaises et la sauvegarde de leurs intérêts. J’ai à ce titre pu comprendre les subtilités du monde de l’entreprise, le fonctionnement des entreprises de divers secteurs de l’économie Togolaise (Assurance, Banque, Industries, Services, Manutention portuaire …). Ce poste m’a permis aussi d’avoir une ouverture d’esprit et une vue de premier plan de l’économie Togolaise. J’ai surtout appris aussi ce que pouvaient être les problèmes des grandes entreprises et comment les régler.

En Septembre 2010, un ami m’a proposé de racheter son entreprise de prestations informatiques située dans le quartier Bè kpota. Après avoir étudié la chose, j’ai décidé de m’engager dans cette nouvelle aventure. Il fallait payer l’entreprise, renouveler le matériel de production et regagner la confiance des clients. J’ai réussi une fois de plus à gagner la confiance d’une banque pour m’accompagner dans cette aventure. Aujourd’hui, je dirais que l’entreprise est totalement redressée et que les engagements avec la banque ont été apurés complètement.

Toujours à la recherche de défis et de mouvement, j’ai décidé de m’engager
à The British School of Lomé (BSL) où j’ai été sollicité pour diriger le Club BSL (piscine, tennis, gym, loisirs, service traiteur). L’objectif de ma mission était simple : trouver des stratégies afin de faire renaître le club, d’augmenter son chiffre d’affaires et de le rentabiliser. Mon expérience avec le rachat et le redressement de l’entreprise informatique en 2011 m’ont été d’une précieuse aide au cours de l’interview avec Mme BROCKLESBY (Directrice de The BSL) et Mme DORION (DAF de The BSL).

Récemment, j’ai démarré l’assistance à la création d’entreprise et l’assistance à la gestion d’entreprise qui marchent bien jusqu’à présent.

Par la grâce de Dieu, 2014 sera pour moi une année de grands défis car j’ambitionne lancer d’ici la fin du premier trimestre 2014 mon unité de transformation tomates et d’ici fin 2014 la production d’engrais biologiques.

Pourquoi une unité de transformation de tomates, simplement parce que nous perdons chaque année au Togo environ 30% de la production nationale alors qu’à certains moment de l’année, la tomate coûte excessivement chère. Il faut donc trouver une solution à ce problème en stabilisant l’offre sur toute l’année et je m’engage à cela.

Je dirais voilà un peu comment je suis parvenu à l’entrepreneuriat et où j’en suis à ce jour.

Mais comment arrivez-vous à gérer tout cela en plus de votre emploi ?

Ismaël M-TANKO : Je pense qu’il faut avoir des collaborateurs fidèles et surtout qui vous rendent compte tous les jours de façon écrite. En plus de cela, il faut être suffisamment organisé afin de ne rien oublier.

Une histoire exceptionnelle qui doit motiver plusieurs jeunes ?

Ismaël M-TANKO : Effectivement, j’ai remarqué que chaque fois que je la raconte, mon histoire en motive plus d’un. Cela fait que j’aime bien partager mon expérience.

Mais tout cela, ne s’est pas passé sans difficultés ?

Ismaël M-TANKO : Effectivement il y a eu beaucoup de difficultés, surtout dans ma vie associative mais je dirais que ces difficultés sont beaucoup plus liées au fait même que la vie associative est difficile. Mais pour moi ce n’était pas un problème parce que je me dis aujourd’hui que si on milite dans une association et qu’on ne rencontre pas de difficultés, on n’aura rien appris parce que pour moi, c’est à travers les difficultés que l’Homme se forge, qu’il apprend et se construit.

Croyez-vous vraiment que l’entrepreneuriat est le passage obligé pour la jeunesse togolaise ?

Ismaël Tanko : Oui c’est ma plus grande conviction en ce qui concerne la jeunesse ! Pour moi, l’avenir de la jeunesse passe par là. Aujourd’hui, par rapport aux critères de convergence de l’UEMOA, il est clair que l’Etat ne peut pas embaucher indéfiniment. La jeunesse doit donc tout faire pour se prendre en charge par sa détermination mais aussi en saisissant les différents mécanismes de financement rendus disponibles par l’Etat.

Que faire face aux barrières, notamment les taux élevés proposés par les institutions financières et les garanties immobilières ?

Ismaël M-TANKO : Il y a 3 mécanismes de financement que je peux citer aujourd’hui : les banques classiques, les micros finance, l’association et le financement des proches et amis.

Mais aujourd’hui, je conseille plus aux jeunes d’aller plus vers la micro-finance parce que lorsque le montant n’atteint pas un certain seuil (souvent 1 000 000), on ne vous demande pas de garantie réelles. Il vous suffit de vous faire cautionner par un parent ou un ami qui se porte garant pour vous.

En plus de cela, l’association ou les groupements permettent de rassembler aussi de l’argent pour démarrer des entreprises.

Mais au-delà de tout cela, je suggère fortement aux jeunes de démarrer petit (même avec 10.000 FCFA) parce que dans ces conditions, il est plus facile de trouver les moyens et on ne perd pas trop le moral lorsqu’on commet des erreurs.

Que diriez-vous aux jeunes qui veut vraiment s’engager ?

Ismaël M-TANKO : Dans un premier temps par rapport à l’entrepreneuriat, je dirai qu’il faut que les jeunes comprennent que c’est possible de démarrer une entreprise avec zéro franc. Il suffit de trouver les astuces.

A partir du moment où vous avez des idées lumineuses, vous pouvez tout faire pour les mettre en œuvre. Il y a d’ailleurs quelques jours, un jeune m’a dit avoir acheté un tracteur de 3 000 000 FCFA sans un sous en poche.

La deuxième chose que je leur dirai est de ne pas se cantonner à l’université. Il faut que lorsque les jeunes sont à l’Université, ils fassent tout pour s’intégrer dans une association parce que le monde associatif donne aujourd’hui beaucoup d’expériences.

C’est l’occasion pour eux d’apprendre des choses telles que gérer les finances, diriger des réunions, produire des rapports et faire plein de choses qu’on ne nous enseigne pas à l’université.

Est-ce à dire que la vie associative compte beaucoup pour la réussite du jeune ?

Ismaël M-TANKO : Evidemment !! Je dirais même que dans notre environnement où il est difficile de trouver un stage à la fin des études, le militantisme associatif donne aujourd’hui beaucoup d’expériences que je qualifierais de presque professionnelle. Pour ma part, je dirais que ma réussite professionnelle s’explique en grande partie par mes activités associatives.

Déjà en 2005, j’avais participé à un camp d’été de la banque mondiale et sur cette base, avec 3 autres amis, nous avons on avait créé une association qui s’appelle le Réseau des Jeunes pour le Développement (REJED-TOGO) en 2006, dont j’ai été le président pendant 4 ans.

Elle évolue bien aujourd’hui malgré que je ne sois plus là. On a plusieurs programmes dont le plus important est le programme parrainage des enfants, qui prend en charge aujourd’hui plus de 600 jeunes filles dans la région des Savanes.

En plus de cette association j’ai fait aussi AIESEC de 2006 à 2010 où j’ai été président national de 2008 à 2010.

A travers ces associations, j’ai appris à gérer des équipes de personnes d’origines géographiques diverses (Togolaises comme non Togolaises), à diriger des réunions, à voyager (car cela s’apprend !), à parler correctement anglais, à rédiger des rapports, à faire des plans d’actions et à les mettre en œuvre et plein d’autres choses qu’il n’était pas possible d’apprendre à l’Université.

Quel est le secret de votre réussite ?

Ismaël M-TANKO : Le secret de ma réussite c’est Dieu. Devant toute chose il faut mettre Dieu. Mais à part cela il faut travailler dur et avoir le soutien de la famille et des amis. Je me souviens que lorsque j’étais Président de AIESEC TOGO, je quittais la maison à 6h et ne rentrais souvent pas avant minuit. Je pouvais passer 3 jours sans voir mes parents car il fallait travailler, travailler et travailler encore puisque nous étions comptables au niveau international de nos résultats nationaux et il ne fallait pas échouer ! A un moment, j’ai exercé pendant 6 mois 2 emplois professionnels (ma transition de l’AGET à BSL, l’un à temps partiel et l’autre à plein temps) au même moment ce qui faisait techniquement un minimum de 60 heures par semaine sans inclure le temps qu’il fallait consacrer à mes 2 entreprises et à ma famille.


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