La société civile boycotte le Système de certification des diamants de conflit


Les organisations de la société civile qui siègent à titre de membres d’un mécanisme de certification des diamants de conflit ont annoncé aujourd’hui leur intention de boycotter le processus de Kimberley en 2016, en réaction à la présidence annoncée des Émirats arabes unis.

Les 11 membres de la Coalition de la société civile du Processus de Kimberley ont estimé qu’on venait de franchir une « ligne rouge » en raison des préoccupations généralisées soulevées par les normes laxistes des EAU et de leurs rapports antagonistes avec la Coalition.

« Si l’on en juge par la situation privilégiée des EAU comme endroit où expédier de l’or et des diamants illicites, il semblerait que Dubaï ne soit pas seulement un paradis fiscal, mais aussi un paradis à l’abri des considérations éthiques » a dit Jaff Napoleon Bamenjo, représentant du Cameroun au sein de la Coalition, aux membres du Processus de Kimberley réunis en Angola.

Créé en 2003, le Système de certification du processus de Kimberley exige que les pays participants mettent en place des contrôles internes pour s’assurer que les diamants de conflit soient exclus des marchés internationaux. Chaque envoi de diamants bruts doit être accompagné d’un certificat attestant qu’il est libre de conflit. L’industrie du diamant et la société civile sont des acteurs de premier plan dans le système qui a aidé à réduire la proportion des diamants de conflit sur le marché qui, selon les estimations, a déjà atteint 25 %.

La présidence du Processus de Kimberley fait l’objet d’une rotation annuelle et les membres ont accepté la candidature des Émirats arabes unis pour 2016. Les EAU sont le troisième plus grand centre de commerce des diamants dans le monde. Selon le Dubai Multi-Commodities Centre, des diamants d’une valeur d’environ 40 milliards de dollars y ont été échangés en 2014.

Au cours de l’année écoulée, Partenariat Afrique Canada, Amnistie internationale, le Groupe d’experts des Nations Unies sur la République centrafricaine et d’autres ont soulevé à maintes reprises des préoccupations au sujet des contrôles laxistes des importations, qui permettent aux diamants illicites en provenance de zones de conflit telles que la République centrafricaine de s’insérer dans la chaîne d’approvisionnement légitime.

On a aussi soulevé des préoccupations au sujet de la sous-évaluation des diamants entrant dans les EAU. En 2014, la valeur des diamants en provenance de Dubaï était en moyenne de 40 % supérieure à leur valeur à l’importation à l’origine. Malgré des appels répétés par des membres de la société civile pour qu’elle justifie la pratique des « prix de transfert », Dubaï est demeurée muette concernant les évaluations erronées qui privent les pays africains producteurs de diamants de recettes indispensables.

« Nous avons demandé à Dubaï de modifier ses pratiques nuisibles de commerce des diamants. Si elle veut être un chef de file du Processus de Kimberley, elle doit agir en conséquence », a dit Alan Martin, directeur de la recherche chez Partenariat Afrique Canada. « Dubaï doit améliorer ses pratiques commerciales et donner l’exemple en matière de gouvernance. »

Au cours de l’année écoulée, la Coalition a tenté de travailler avec les EAU pour remédier à leurs faiblesses en matière de gouvernance, corriger leurs attitudes antagonistes à l’égard de la société civile et forger une relation de travail avant le début de leur mandat à la présidence. Toutefois, au cours des derniers mois, la Coalition a constaté que son partenaire manquait de sincérité en cette matière.

« Notre Coalition a de longs antécédents de collaboration avec les gouvernements et l’industrie en faveur de notre but commun, soit une chaîne d’approvisionnement propre, libre de conflit et traçable », a dit Michel Yoboué, représentant de la Côte d’Ivoire au sein de la Coalition. « C’est la première fois que nous avons affaire à un président du PK qui ne respecte pas la structure tripartite du Processus de Kimberley. »

« Aujourd’hui, le message lancé par les autres membres du Processus de Kimberley affirme que ce système n’accorde plus de valeur à l’apport de la société civile », a-t-il ajouté.

La Coalition de la société civile du Processus de Kimberley continuera d’intervenir directement aux paliers national et régional pour renforcer la gouvernance de la chaîne d’approvisionnement, notamment sur des tribunes autres que le Processus de Kimberley.

Distribué par APO (African Press Organization) pour Partnership Africa Canada (PAC).


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