Le Conseil d’administration du FMI conclut les entretiens annuels sur les politiques communes des pays de la CEMAC


On prévoit qu’il s’établisse à 1,9 % en 2016, la production pétrolière et les investissements restant atones

Le 13 juillet 2016, le Conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a conclu les entretiens annuels sur les politiques et défis communs des États membres de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC)[1].

Le rythme de croissance de la CEMAC a été faible en 2015. Il a ralenti à 1,6 %, contre 4,9 % en 2014 du fait de la réduction des investissements publics et de la production de pétrole. On prévoit qu’il s’établisse à 1,9 % en 2016, la production pétrolière et les investissements restant atones. À partir de 2017, le taux de croissance devrait atteindre 3,5 % par an à la faveur d’un redressement progressif des prix du pétrole, soit à peu près 1 point de pourcentage en deçà de la moyenne de la décennie écoulée qui a été marquée par des cours élevés du pétrole. En 2015, l’évolution de la masse monétaire et du crédit à l’économie est devenue négative pour la première fois depuis une dizaine d’années, ce qui a contribué au maintien d’une faible inflation. Toujours en 2015, les déficits budgétaire et courant de la région se sont creusés, passant respectivement à 6 % et 9 % du PIB, du fait de la baisse de 32 % des recettes d’exportations pétrolières. La persistance de bas prix du pétrole et de dépenses publiques élevées maintiendront ces déficits à quelque 6 % et 8 % du PIB, respectivement, en 2016. La remontée graduelle des prix du pétrole et l’assainissement budgétaire modéré qui est anticipé devraient réduire les déficits budgétaire et courant régionaux à 3 % du PIB à l’horizon 2021. Les réserves de change ont baissé. Le système bancaire semble avoir réchappé à la baisse de l’activité économique jusqu’à présent.

Pour faire face au choc des prix du pétrole, les politiques doivent se centrer sur l’assainissement budgétaire et les réformes de l’économie réelle. Suite à ce choc, le financement monétaire a été le principal outil de réponse. Bien que le déficit primaire hors pétrole ait diminué de 8 points de pourcentage du PIB en 2015, cela n’a pas suffi à contenir le déficit budgétaire global. La coordination des politiques budgétaires des pays membres devrait être renforcée et un mécanisme d’exercice de la discipline budgétaire devrait être créé. Des réformes de l’économie réelle, axées sur l’amélioration du climat des affaires et la dynamisation des investissements privés, sont aussi nécessaires à la préservation de la stabilité macroéconomique.

Les perspectives à moyen terme de la CEMAC constituent un défi. Un redressement des prix du pétrole inférieur aux attentes ou une rechute dans la situation sécuritaire dans le bassin du lac Tchad seraient susceptibles de compromettre la stabilité macroéconomique et l’investissement privé. Le repli de la croissance en Chine pourrait peser sur les prix des produits de base, notamment du pétrole, freiner la demande et restreindre les financements. Pendant cette période difficile, un renforcement des institutions régionales s’impose pour faire avancer l’intégration régionale et favoriser la croissance économique dans la région.

Évaluation du Conseil d’administration2

Les administrateurs se disent préoccupés par la détérioration des perspectives économiques de la région imputable à de multiples chocs, dont le repli des cours du pétrole, la situation sécuritaire délicate et la réponse insuffisante à la conjoncture. Compte tenu des risques considérables qui pèsent sur les perspectives à moyen terme, les administrateurs encouragent vivement les autorités à prendre des mesures résolues en temps opportun pour opérer un ajustement budgétaire et assurer la viabilité de la dette et la viabilité extérieure, reconstituer les réserves internationales et mener des réformes structurelles d’envergure régionale afin de diversifier l’économie et d’améliorer les perspectives d’investissement. Des institutions régionales plus solides sont également essentielles pour améliorer l’intégration régionale, la cohérence des politiques et l’adhésion à ces dernières. Les administrateurs invitent en outre le FMI et les autres partenaires internationaux à renforcer leur appui pour aider les autorités à gérer les difficultés économiques actuelles.

Les administrateurs soulignent combien il est important de poursuivre l’assainissement budgétaire pour faire face au creusement des déficits budgétaire et courant et préserver la stabilité macroéconomique. Tout en saluant les progrès récemment enregistrés, ils invitent les autorités à redoubler d’efforts pour élargir l’assiette fiscale hors pétrole et rationaliser et améliorer la qualité des dépenses afin d’accroître dans toute la mesure du possible les rendements économiques et la protection sociale. Ils saluent l’intention manifestée par les autorités de mener des politiques d’emprunt et de gestion de la dette prudentes, et ils les encouragent à emprunter à des conditions concessionnelles dans toute la mesure du possible. Les administrateurs saluent en outre le nouveau cadre de convergence régionale, encore qu’il faille envisager d’abaisser le plafond de la dette et de renforcer les mécanismes de suivi.

Tout en reconnaissant le rôle d’accompagnement qu’a joué la politique monétaire accommodante face aux chocs, les administrateurs notent que les possibilités d’un assouplissement plus poussé de la politique monétaire sont limitées et ils appellent à une plus grande prudence en la matière. Ils engagent les autorités à geler les avances statutaires aux États, à éviter le financement monétaire indirect et à accélérer les réformes du cadre de politique monétaire afin d’accroître son efficacité, y compris par une plus grande indépendance de la banque centrale. Les administrateurs soulignent qu’il est urgent et prioritaire de reconstituer les réserves, lesquelles se situent à un faible niveau, et qu’une meilleure mise en commun des réserves des pays membres demeure importante. Ils encouragent la mise en œuvre des recommandations de l’évaluation des sauvegardes en suspens.

Les administrateurs notent la résilience du secteur financier et ils encouragent la mise au point d’un solide cadre macroprudentiel pour préserver la stabilité financière de la région. Ils saluent en outre les progrès réalisés dans la mise en œuvre des recommandations du PESF de 2015, et engagement les autorités à mettre en œuvre les recommandations qui demeurent en suspens, ainsi que les mesures destinées à élargir l’inclusion financière et à renforcer le dispositif de LBC/FT.

Les administrateurs soulignent qu’il est nécessaire de mener des réformes structurelles ambitieuses pour doper la compétitivité et la diversification, ouvrir des débouchés à l’investissement privé et améliorer le climat des affaires. Ils encouragent les autorités à renforcer les institutions régionales afin d’améliorer la collaboration et la gestion macroéconomique.

Les avis aujourd’hui exprimés par les administrateurs feront partie des échanges relatifs aux consultations au titre de l’article IV avec les pays membres de la CEMAC qui auront lieu d’ici les prochaines délibérations du Conseil d’administration sur les politiques communes de la CEMAC.

CEMAC : Principaux indicateurs économiques et financiers, 2012–17
2012 2013 2014 2015 2016 2017
Estim. Proj. Proj.
(variation annuelle en %)
Revenu national et prix
PIB à prix constants 5,4 2,1 4,9 1,6 1,9 3,3
PIB pétrolier -0,3 -8,0 3,0 -0,4 -1,5 0,2
PIB non pétrolier 5,9 4,6 5,0 2,6 2,7 4,1
Prix à la consommation (moyenne de la période)1 3,9 2,1 2,7 2,3 2,0 2,7
Prix à la consommation (en fin de période)1 3,2 2,4 2,6 1,6 2,7 2,4
(variation annuelle en % de la monnaie au sens large en début de période)
Monnaie et crédit
Avoirs extérieurs nets 9,5 -0,4 -7,6 -17,7 -8,5 -3,9
Avoirs intérieurs nets 6,7 9,0 14,9 15,6 12,1 11,2
Monnaie au sens large 16,6 6,7 9,4 -2,2 3,6 7,4
(% du PIB, sauf indications contraires)
Épargne nationale brute 30,8 26,5 27,1 20,2 21,1 20,0
Investissement intérieur brut 30,1 31,4 32,7 29,7 28,8 25,1
dont: investissement public 14,0 14,5 14,3 10,7 9,8 7,9
Opérations financières des administrations publiques
Recettes totales hors dons 27,6 26,8 25,0 20,2 19,0 18,8
Dépenses publiques 29,2 30,3 29,6 26,6 25,9 23,8
Solde budgétaire primaire de base2 -0,6 -1,6 -2,5 -4,4 -2,9 -1,2
Solde budgétaire de base 3 -1,3 -2,2 -3,1 -5,2 -4,1 -2,4
Solde budgétaire global hors dons -1,6 -3,5 -4,6 -6,4 -6,8 -5,0
Solde budgétaire primaire, dons compris -0,3 -2,3 -3,3 -5,0 -4,7 -3,0
Solde budgétaire total hors pétrole, hors dons4 -31,0 -29,1 -25,9 -18,0 -15,9 -13,6
Solde budgétaire primaire hors pétrole, dons compris4 -28,9 -27,3 -24,0 -16,3 -13,4 -11,2
Secteur extérieur
Exportations de biens et de services non facteurs 57,0 53,7 50,8 41,5 36,3 37,0
Importations de biens et de services non facteurs 42,4 41,0 43,0 42,3 36,9 34,8
Solde des échanges de biens et services non facteurs 14,6 12,7 7,9 -0,8 -0,6 2,2
Solde des transactions courantes, dons compris 2,9 -0,8 -3,3 -9,4 -7,7 -5,2
Dette publique extérieure 13,1 15,5 18,5 23,4 25,6 25,8
Réserves de changes officielles brutes (fin de période)
Millions de dollars 17.531 18.222 15.309 10.139 7.866 7.634
Mois d’importations de biens et de services
(moins importations intra-régionales)
5,7 5,6 6,1 4,6 3,4 3,3
En % de la masse monétaire au sens large 88,7 83,7 64,3 52,0 38,5 34,5
Pour mémoire:
PIB nominal (en milliards de FCFA) 45.877 45.572 46.702 43.369 43.423 47.019
FCFA par dollar US, en moyenne 511 494 494 591
Prix du pétrole (en dollars par baril) 105.0 104 96 51 44 51
Sources : autorités; estimations et projections des services du FMI.
1 Pondérés par les parts de chaque pays membre dans le PIB de la CEMAC, en parité de pouvoir d’achat en dollars.
2 À l’exclusion des dons, des investissements financés sur ressources extérieures et des charges d’intérêts.
3 À l’exclusion des dons et des investissements financés sur ressources extérieures.
4 En pourcentage du PIB non pétrolier.

 


[1] Conformément aux dispositions de l’article IV de ses Statuts, le FMI procède, habituellement chaque année, à des consultations bilatérales avec ses membres. Dans le contexte de ces consultations bilatérales au titre de l’article IV, les services du FMI tiennent des discussions annuelles séparées avec les institutions régionales responsables des politiques communes dans quatre unions monétaires — la zone euro, l’Union monétaire des Caraïbes orientales, l’Union économique et monétaire de l’Afrique centrale et l’Union économique et monétaire ouest-africaine. Pour chacune de ces unions monétaires, les équipes des services du FMI se rendent dans les institutions régionales responsables des politiques communes de l’union monétaire, recueillent des données économiques et financières, et s’entretiennent avec les responsables de l’union monétaire de l’évolution et des politiques économiques de l’union. De retour au siège, les membres de la mission rédigent un rapport qui sert de cadre aux délibérations du Conseil d’administration. Les entretiens des services avec les institutions régionales et l’examen du rapport par le Conseil d’administration font partie intégrante des consultations au titre de l’article IV avec chaque pays membre.

Source: International Monetary Fund (IMF).


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