Les pays MENA ont besoin de réformes structurelles pour stimuler les échanges, l’investissement, l’emploi et la confiance, selon l’OCDE


Les pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord devraient poursuivre le processus de réforme économique et structurelle afin de relancer des échanges et des investissements en perte de vitesse, regagner la confiance des citoyens et créer des emplois pour la jeune population de la région, a déclaré l’OCDE aux ministres des pays MENA.

Dans son allocution d’ouverture de la Conférence ministérielle MENA-OCDE 2016, se tenant aujourd’hui à Tunis, le Secrétaire général de l’OCDE, M. Angel Gurría, a rendu hommage à la Tunisie pour la transition démocratique qu’elle a engagée en 2011. Ce qu’il est convenu d’appeler « le printemps arabe », a-t-il dit, rend plus que jamais primordial, pour les pays MENA, de trouver une réponse à l’inégalité de développement, l’envolée du chômage des jeunes, la faible participation des femmes à l’emploi, et les niveaux élevés d’inégalités qui pourraient empêcher une partie de la population de profiter des gains économiques futurs. L’instabilité, les conflits en cours en Syrie, en Iraq, en Libye et au Yémen, ainsi que des flux migratoires d’une ampleur encore jamais vue ajoutent encore de nouvelles pressions sur l’économie.

« Les pays MENA ont progressé dans leurs réformes en faveur de l’ouverture, de la diversification et de la gouvernance publique de l’économie, mais les soulèvements populaires de 2011 ont montré que ces efforts n’avaient pas encore créé la prospérité pour tous. En effet, les inégalités et la médiocrité des perspectives d’emploi dans les régions désavantagées demeurent d’importantes causes de détresse sociale », a observé M. Gurría. « C’est seulement par des efforts concertés de réforme visant à instaurer une économie plus ouverte et plus inclusive, et à améliorer la gouvernance que nous parviendrons à la stabilité, prospérité et à l’égalité des chances, surtout pour les jeunes. » (Lire le discours)

Le nouveau rapport de l’OCDE « De meilleures politiques pour la croissance inclusive et l’intégration économique de la région MENA » fournit une feuille de route à l’initiative MENA-OCDE, en identifiant les réformes structurelles prioritaires dont la région a besoin pour que la croissance durable et inclusive devienne une réalité.

mena-ocde

La croissance économique dans la région MENA s’établissait à 2,3 % en 2015, contre 4 % en moyenne dans les pays émergents et en développement. L’investissement direct étranger (IDE) dans la région MENA a chuté de 50 % depuis 2008,  atteignant son plus bas niveau historique – 1 % du PIB — en 2015. Les obstacles réglementaires et administratifs constituent un important facteur de dissuasion. L’instabilité et l’insécurité qui règnent dans la région pèsent également sur l’IDE, de même que sur le tourisme, qui accuse une forte baisse en Tunisie et en Égypte. Les échanges intrarégionaux sont rares et ne représentent que 10 % du commerce total de la région.

Pour surmonter ces problèmes, l’accès au marché doit être renforcé par des accords de commerce et d’investissement, la réduction d’obstacles réglementaires et administratifs, et l’amélioration de la protection des investisseurs. En outre, il est essentiel d’améliorer la qualité du transport et les infrastructures logistiques de la région pour une meilleure connectivité. Un nouveau programme UE-OCDE en faveur de l’investissement dans la région méditerranéenne, lancé lors du Forum MENA-OCDE, permettra, sur une durée de quatre ans, en collaboration avec les gouvernements, de soutenir les réformes en faveur de l’investissement, de moderniser les politiques d’investissement et de mettre en place des institutions à même d’attirer les investisseurs.

Le chômage des jeunes a atteint, dans la région MENA, 29 % en 2015 – soit plus que toute autre région du monde. Il sévit surtout dans les zones rurales éloignées, mais même les diplômés ont du mal à trouver un emploi en raison de l’inadéquation de la demande et de l’offre de compétences. Le rapport de l’OCDE intitulé « Youth in the MENA Region » observe que même si les jeunes ont joué un rôle de premier plan dans les soulèvements du printemps arabe, leurs associations n’ont guère de possibilités d’influencer les politiques.

Les femmes restent également une ressource inexploitée pour les économies de la région MENA, en particulier compte tenu des améliorations importantes de leur niveau d’éducation. Seulement 21 % de femmes avaient un emploi ou étaient à la recherche d’un travail rémunéré en 2014, bien en dessous de la moyenne OCDE de 54 %, et du taux de participation des hommes à la population active dans la région MENA (74 %).

Un réglementation du travail plus souple est nécessaire, ainsi que des programmes pour répondre aux besoins spécifiques des groupes vulnérables. L’expansion et l’amélioration de la qualité de l’éducation ainsi que la formation professionnelle peuvent également contribuer à améliorer les opportunités d’emploi et résoudre les problèmes d’inadéquation des compétences.

L’entreprise privée aura une importance primordiale pour la reprise économique, mais le secteur privé ne compte que pour 40 % du PIB de la  région MENA, contre 59 % en moyenne dans la zone OCDE. En Libye, sa part est à peine de 5 %. Grâce à des projets spécifiques axés sur le rôle des PME dans la reconstruction de la Libye et la promotion de l’investissement en Irak, l’OCDE travaille déjà avec les pays touchés par les conflits afin de les préparer à l’avenir de leurs économies sur le long terme.

L’OCDE s’est aussi engagée à soutenir les pays MENA dans leurs efforts visant à:

  • mettre en place des institutions résilientes, en particulier dans les pays affligés par l’instabilité ou les conflits, afin de favoriser des réformes structurelles ambitieuses ;
  • améliorer les normes et la transparence dans les administrations publiques. Mettre en place des mécanismes tels que des codes de conduite pour renforcer l’intégrité et lutter contre la corruption dans le secteur public, en particulier dans les marchés publics. Améliorer l’accès à la justice pour tous ;
  • élaborer des politiques en faveur du développement du secteur privé afin de stimuler la compétitivité et d’encourager la diversification de l’économie pour en réduire la dépendance à l’égard du pétrole. Ces politiques devraient notamment assouplir la réglementation, améliorer la gouvernance d’entreprise, faciliter l’accès au financement, et moderniser les infrastructures et les services afin de mieux rapprocher les producteurs de leurs marchés ;
  • améliorer le recouvrement de l’impôt afin de répartir plus largement la charge fiscale, reposant aujourd’hui sur les rares particuliers et entreprises qui paient des impôts, et ainsi augmenter les recettes fiscales. Il faudrait envisager à cet égard d’introduire, dans les pays où ils n’existent pas encore, la TVA et l’impôt sur le revenu, et réduire les exonérations fiscales ;
  • relever le taux de scolarisation dans le secondaire et améliorer la qualité de l’enseignement, afin de faire reculer la proportion relativement élevée d’élèves faibles. Remédier à l’inadéquation des compétences chez les adultes et mieux intégrer les femmes et les jeunes dans l’économie.

Télécharger les nouveaux rapports de l’OCDE sur la région MENA:

« De meilleures politiques pour la croissance inclusive et l’intégration économique de la région MENA »

« Youth in the MENA Region : How to Bring Them In » (seulement disponible en anglais pour le moment)

« Un meilleur contrôle pour une meilleure gouvernance locale en Tunisie : le contrôle des finances publiques au niveau local »

« Une meilleure performance pour une meilleure gouvernance publique en Tunisie : la Gestion Budgétaire par Objectifs »

« Une meilleure planification pour une meilleure gouvernance budgétaire en Tunisie : le Cadre de Dépenses à Moyen Terme »

Pour plus d’informations, les journalistes sont invités à contacter Catherine Bremer de la Division des médias de l’OCDE (+33 603 483456).

Coopérant avec plus d’une centaine de pays, l’OCDE est un forum stratégique international qui œuvre à promouvoir des politiques conçues pour améliorer le bien-être économique et social des citoyens dans le monde entier.


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